Royaume-Uni

Brexit : quel impact sur le secteur musical britannique ?




La musique représente un secteur essentiel au Royaume-Uni. Économiquement, par la richesse qu’il génère et le nombre de professionnels qu’il emploie. Symboliquement, par le rayonnement qu’il apporte au pays dans l’Europe et dans le monde.
Les bouleversements qui résultent de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne en sont d’autant plus conséquents qu’ils touchent de nombreux aspects, pratiques ou encore financiers, de l’activité des musiciens et des professionnels du secteur. Cela explique sans doute pourquoi, en 2016, la Fédération des industries créatives britannique révélait que le monde de la culture avait voté à 96 % contre le Brexit.

La musique représente un secteur important au Royaume-Uni

Un secteur important pour le Royaume-Uni comme pour l’Europe

En 2018, le secteur des industries créatives au Royaume-Uni représente plus de 100 Md£/an, une valeur croissant deux fois plus vite que le reste de l’économie britannique. Ce secteur employait en 2020 plus de deux millions de personnes, dont plus d’un tiers sont indépendants[1], et la majorité (96 %) dans des structures de moins de dix salariés[2].  En particulier, le secteur musical britannique emploie entre 150 000[3] et 200 000 personnes, générant près de 10 Md£ de valeur ajoutée en 2019. Chaque année, près de la moitié des biens et services produits par les industries créatives sont exportés vers l’Union européenne[4].

Par ailleurs, 10 % des professionnels du secteur détiennent un passeport d’un État membre de l’UE. 

L’Europe, plus qu’un partenaire commercial, est un lieu de travail essentiel pour les musiciens britanniques. 78 % d’entre eux se rendent dans l’UE ou dans l’EEE chaque année et 20 % plus de onze fois par an[5] pour s’y produire à l’occasion de concerts, de festivals ou d’autres évènements culturels.

Des professionnels, des professeurs et des écoles d’excellence

Au-delà du rayonnement de ces artistes, le Royaume-Uni est également réputé pour l’excellence de ses formations musicales. En France, tous les ans, 20 % des étudiants musiciens choisissent l’une des prestigieuses écoles supérieures de musique britanniques : la Royal Academy, le Royal College, la Guildhall à Londres ou le Royal Northern College à Manchester pour y effectuer un séjour universitaire. Grâce aux partenariats privilégiés avec le CNSM de Paris, ils participent à des productions communes ou à des sessions d’orchestre partagées, ou encore à des projets transfrontaliers[6].  

Un secteur performant mais fragile

Comme le rappelle l’ISM[7], le secteur musical compte une proportion importante d’indépendants ou d’intermittents dont les revenus sont irréguliers et souvent faibles. Dans cette perspective, l’Espace économique européen et l’Union européenne représentent une opportunité de revenus supplémentaires non négligeable, le marché britannique ne pouvant absorber toute l’offre de ce secteur.

Par ailleurs, le secteur culturel en général et musical en particulier sont des éléments fondamentaux du rayonnement du Royaume-Uni : en affaiblissant son secteur culturel – ou à tout le moins, en ne compensant pas l’affaiblissement du secteur provoqué par le Brexit – le Royaume-Uni voit son soft power perdre de son éclat.

Le secteur musical britannique est bouleversé dans son fonctionnement

La circulation des artistes

La restriction de l’accès des artistes britanniques au territoire de l’Union européenne ne constitue pas simplement un choc d’offre pour les musiciens britanniques, mais réduit également la compétitivité et l’attractivité du secteur. Selon le Conseil des arts du Pays de Galles (Arts Council Wales), la réduction des déplacements diminuera la circulation des idées[8] et des talents[9]. Toutefois, certains estiment que ce changement produira un « stimulus pour étendre la formation et le développement » des compétences des artistes britanniques[10].

L’une des inquiétudes les plus récurrentes concernant le Brexit concerne son impact sur la liberté de circulation des personnes. Les musiciens craignant une complexification dissuasive des tournées avaient appelé à la création d’un visa destiné aux musiciens effectuant des tournées. Ils n’ont à ce jour pas été entendus. À la place, il sera indispensable de posséder un titre de séjour pour entrer au Royaume-Uni : plusieurs titres de séjour peuvent être utilisés par les musiciens selon leur besoin et la durée de leur séjour[11].

La diffusion des œuvres à l’heure du streaming

Malgré tout, le départ du Royaume-Uni de l’UE va probablement diminuer la visibilité de la culture européenne outre-Manche, à cause notamment de la fin de l’application, au Royaume-Uni, de la directive Services de médias audiovisuels (SMA). Celle-ci impose notamment au secteur de l’audiovisuel de diffuser au moins 30 % de contenus produits en Europe. La fin de la période de transition implique que « la directive SMA ne s’appliquera plus aux radiodiffuseurs britanniques au premier janvier, donc ils ne seront pas tenus d’appliquer la question des 30 % de production européenne diffusée », estime la députée européenne[12].

La fin de la participation britannique aux projets culturels européens

Première conséquence du Brexit pour le milieu culturel : le retrait du Royaume-Uni du programme Europe créative, destiné à soutenir financièrement les projets de collaboration entre artistes européens. Le mandat de négociation du gouvernement britannique publié en février dernier prévoit en effet que les Britanniques ne participent pas à la programmation 2021-2027. Les projets entamés lors de la précédente période budgétaire (entre 2014 et 2020) continueront de recevoir des financements pour la durée de mise en œuvre.

La sortie du Royaume-Uni de l’UE implique également une sortie du label « Capitale européenne de la culture ». Décerné chaque année, il confère aux villes qui le reçoivent des financements européens afin de promouvoir la vie culturelle locale qui vient enrichir la culture européenne. En plus de la visibilité médiatique, la préparation et l’organisation d’événements sur une année dynamisent l’activité économique et touristique de la ville. En raison du Brexit, le Royaume-Uni a dû renoncer à cette distinction qui devait lui échoir en partie en 2023 alors que plusieurs agglomérations (Dundee, Nottingham, Leeds, Milton Keynes et Belfast/Derry) étaient déjà en lice.

Si les porteurs de projet perdent un partenaire (44 % des projets financés par le programme entre 2016 et 2018 comportent un partenaire britannique), le départ du Royaume-Uni n’a pas d’impact sur l’évolution budgétaire du programme. Pour la période 2021-2027, Europe créative devrait être doté de 2,2 milliards d’euros, une hausse conséquente par rapport à la période 2014-2020.

Le secteur musical est bouleversé dans son financement

L’importance des fonds européens pour le secteur culturel

La sortie du Royaume-Uni de programmes tels que ceux évoqués précédemment a un impact considérable sur le financement du secteur musical britannique.

Entre 2007 et 2016, 1 385 projets liés à l’art, aux musées ou aux industries créatives anglaises ont reçu 345 millions de livres sterling de fonds européens (soit environ 40 millions par an). Depuis 2014, 40 organisations culturelles écossaises, investies dans 57 projets européens, ont reçu 18 millions d’euros de subventions[13]. Le point de contact britannique du programme Europe créative estime que, depuis son lancement en 2014 et jusqu’en 2018, le programme a attribué « 89,5 millions d’euros à 376 organisations culturelles et créatives et entreprises audiovisuelles basées au Royaume-Uni »[14]. Le gouvernement britannique a d’ores et déjà prévu de remplacer partiellement les fonds dont bénéficiaient les artistes britanniques par un plan de 17 millions de livres sterling pour compenser cette perte.

Ainsi, le Brexit semble bouleverser sur de nombreux aspects l’activité professionnelles des musiciens britanniques, mais aussi des musiciens européens qui auront à se produire au Royaume-Uni. Fiscalité, protection sociale, visas, transports de marchandises ou circulation des instruments de musique sont autant de problématiques réciproques qui se posent aux artistes de l’Union européenne et du Royaume-Uni. 

Vous trouverez plus d’informations sur ces différentes questions dans nos fiches pratiques.


[1] Creative Industries Federation, 26 juin 2017, New DCMS figures and trade.

[2] Creative Industries Federation, Employment figures.

[3] Creative Industries Federation, UK music market size and value.

[4] Ministère britannique du Digital, de la Culture, des Médias et du Sport, 2019, DCMS Sector Estimates.

[5] ISM, Mai 2020, Will music survive Brexit ?

[6]France Musique, 13 janvier 2021, Quelles conséquences du Brexit pour les étudiants musiciens ?

[7]ISM, mai 2020, Will Music Survive Brexit ?

[8]  Written evidence from Arts Council Wales/Wales Arts International (BSC0002) and the Drawing Room (BSC0007).

[9]  Written evidence from Art Fund (BSC0001).

[10] Written evidence from Historic England (BSC0010) and the Heritage Alliance (BSC0009).

[11] Voir Fiche CNM « Du Royaume-Uni vers la France : Circulation des personnes »

[12]Toute l’Europe, 4 décembre 2020, Brexit : quelles conséquences pour le secteur culturel ?

[13] Dr Charlotte Faucher, The Arts after Brexit.  

[14] Toute l’Europe, 4 décembre 2020, Brexit : quelles conséquences pour le secteur culturel ?