Dossier

Interview : Total Heaven à Bordeaux

À l’occasion du Disquaire Day, organisé le 12 juin puis le 17 juillet 2021, le Centre national de la musique met en lumière le métier de disquaire indépendant.
Rencontre avec Martial Solis, disquaire Total Heaven à Bordeaux, par Mathias Milliard. 

Martial Soliste, diquaire Total Heaven à Bordeaux - Disquaire day 2021 interview CNM
© Leila Bellot

Total Heaven

6 rue de Candale
33000 Bordeaux

05 56 31 31 03

total.heaven@orange.fr

Le Disquaire Day, pour nous, c’est comme un deuxième Noël dans l’année.

Martial Solis et son compère Xavier Randrianasolo cogèrent depuis plus de 25 ans le disquaire Total Heaven à Bordeaux. Leur maxime est simple : « On ne peut pas prendre un MP3 dans ses bras, alors que des pochettes de vinyles, si ! »

En temps normal, à quoi ressemble votre journée de disquaire ?

Cela revient à passer les commandes, à mettre les disques en bacs, à bien renseigner les clients. Pour être un bon disquaire, il faut être curieux et à l’écoute des gens. Nous avons toujours fait de la vente par correspondance, même avant la pandémie, mais notre personnalité ne nous a jamais vraiment portés vers le Net. Nous faisons ce métier pour avoir un contact humain, pour échanger et discuter avec des personnes.

Comment Total Heaven a-t-il vécu la crise liée à la Covid-19 ?

Cela a été dur. Nous n’avions jusque-là jamais fermé la boutique plus d’une journée, et on se demandait si nous allions pouvoir continuer. Même s’il y a eu des aides, étant donné que nous achetons énormément, elles sont restées mesurées par rapport à notre budget de fonctionnement. Heureusement, nous avons obtenu un prêt bancaire et la plupart des fournisseurs ont accepté les paiements en différé, notamment les majors. Les indés, eux, se sont retrouvés dans la même situation que nous, sans trésorerie d’avance, et tout le monde s’est serré les coudes.
Le deuxième confinement, nous avons proposé du click & collect, mais cela représente un trop faible volume pour faire tourner une boutique. Les clients nous ont cependant soutenus, dans un élan de solidarité certains nous ont envoyé de l’argent en prévenant qu’ils achèteraient plus tard. Nous avons des clients fidèles qui apprécient notre travail, ce qui nous encourage.

La situation s’est améliorée à partir du moment où les disquaires ont obtenu la reconnaissance de « commerce essentiel ». D’un coup, nous sommes passés du statut d’inconnu à essentiel. Durant cette période, personne ne pouvait plus aller au cinéma, dans un bar ou en concert, alors beaucoup se sont rattrapés sur la seule culture accessible, à savoir les livres et les disques. Cela nous a boostés, nous avons réalisé de très gros chiffres d’affaires et nous avons pu commencer à rembourser le prêt.

Le Disquaire Day nous a sauvés une fois et va nous sauver encore, aujourd’hui.

Que représente le Disquaire Day pour vous ?

Quand le Disquaire Day est arrivé en France en 2009, cela a permis de donner un coup de projecteur sur les disquaires indépendants qui n’étaient pas du tout considérés. La bonne idée a été de proposer des références qui ne se trouvent nulle part ailleurs que chez les disquaires indés. Les clients qui commandent beaucoup sur le Net, surtout les collectionneurs, viennent donc ce jour-là et, pour nous, c’est comme un deuxième Noël dans l’année. Cela nous a remis en selle, on a recommencé à parler des disquaires et cela a relancé l’effet de mode sur le vinyle. Malgré parfois un certain manque d’organisation, nous défendrons toujours le Disquaire Day car il nous a sauvés une fois et va nous sauver encore aujourd’hui.

Avec de nombreuses sorties prévues et le Disquaire Day qui arrive, qu’espérez-vous de la reprise ?

Depuis qu’il y a eu le déconfinement et la réouverture des terrasses, nous constatons une baisse des pics de fréquentation. Mais avec le Disquaire Day, nous allons avoir une clientèle particulière, pas forcément nos habitués, plutôt des personnes qui ne viennent malheureusement qu’une fois par an. Alors faire attention à ce qu’on commande et à notre stock devient très important ce jour-là. On compte sur notre bonne étoile, même si on ne sait jamais de quoi sera fait demain. Ce qui est plus inquiétant, c’est de constater que la mode du vinyle est en train de passer, que beaucoup qui se sont emballés pour acheter des platines et des vinyles ont déjà lâché l’affaire. Du coup, notre clientèle reste essentiellement âgée, comme nous qui avons 50 ans. Il y a bien des clients de 20 ou 30 ans, mais ils sont loin de représenter la majorité.

Retrouvez l’ensemble des articles du dossier consacré au Disquaire Day 2021 :